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Comment fonctionne la discipline dans les écoles Montessori ?

Comment fonctionne la discipline dans les écoles Montessori ? Y a-t-il des leçons à en tirer pour les enfants en difficulté scolaire ?

Dans cet article, nous allons traiter le thème de la discipline en Montessori.

Les concepts d’auto-discipline, de volonté et d’inhibition seront donc abordés et utilisés pour mieux comprendre le fonctionnement de la discipline dans une pédagogie qui revendique le fait de laisser l’enfant libre comme principe fondateur.

Comme cela vient d’être évoqué, la question de la discipline en Montessori est très importante, notamment parce que les écoles qui utilise cette pédagogie affirment que la liberté est cruciale pour le bon fonctionnement des classes et pour le développement normal des enfants.

Pour Maria Montessori, la discipline et la liberté sont loin d’être incompatibles. La pédagogue italienne affirme dans son livre La Pédagogie Scientifique que :

« si la discipline est fondée sur la liberté, elle doit nécessairement être active. » [source 1]

En disant cela, Montessori critique la discipline qu’elle qualifie d’artificielle. Elle affirme que :

« un individu devenu artificiellement silencieux comme un muet et immobile comme un paralytique » n’est pas discipliné mais « anéanti » [source 2].

L’auto-discipline selon Maria Montessori

La discipline que propose la pédagogie Montessori est à l’opposé de cet anéantissement du mouvement et de la parole.

Cette « discipline active » dont parle Montessori est en fait une auto-discipline. Et pour atteindre cette auto-discipline, les enfants sont obligés de faire preuve de volonté. Ils doivent se contraindre à faire des choses qui ne correspondent pas forcément à leurs désirs immédiats.

Il existe d’ailleurs en Montessori plusieurs activités qui ont pour vocation de donner aux enfants l’occasion d’exercer leur volonté et ainsi de progresser en matière d’auto-discipline.

Juste avant de présenter quelques-unes de ces activités, il convient d’illustrer l’idée selon laquelle l’enfant peut améliorer sa volonté pour devenir plus discipliné par une citation de Maria Montessori, dans La pédagogie scientifique : 

« La discipline, donc, n’est pas un fait, mais une voie ». [source 3]

Ce concept de la discipline en Montessori qui est perçue comme une vertu qu’il convient de cultiver est très intéressant et peut permettre de faire un lien avec un concept qui est de plus en plus en valeur dans le monde des sciences cognitives liées à l’éducation.

Ce concept est celui d’inhibition.

Inhibition : quand les sciences cognitives rencontrent l’éducation

Si le terme d’inhibition a de nombreux sens en fonction du domaine dans lequel il est employé, il signifie dans le cas présent la faculté à résister, aussi bien aux pièges que peut tendre le cerveau, mais aussi aux désirs et aux pulsions qui peuvent être en conflit avec des consignes ou avec des règles. [source 4]

Selon les recherches du LaPsyDE, le Laboratoire de Psychologie du Développement et de l’Education de l’Enfant, et notamment de Olivier Houdé et Grégoire Borst, deux chercheurs de ce laboratoire, l’inhibition est une fonction exécutive extrêmement importante pour réussir sa scolarité.

Selon ces chercheurs, un mauvais développement de cette faculté d’inhibition peut être une cause de difficultés scolaires, surtout pour des enfants qui présentent des troubles de l’apprentissage.

De plus, une faible capacité d’inhibition peut aussi être à l’origine de troubles déficitaires de l’attention, avec ou sans hyperactivité, aussi appelés TDAH. [source 5]

Comment développer la capacité d’inhibition de l’enfant ?

Pour revenir sur le travail de Maria Montessori, il est donc possible d’évoquer les exercices que la célèbre médecin a proposés pour aider les enfants à développer leurs capacités d’inhibition ainsi que leur volonté.

Exercice 1 : se ranger en ligne droite

Le premier de ces exercices consiste à demander aux enfants d’une classe de se ranger en ligne droite, chacun à « sa place » et de rester en silence. Il est ensuite important de faire comprendre aux enfants l’idée que « rangés de cette façon, ils seront mieux à leur aise». [source 6]

Plusieurs objectifs résident derrière un tel exercice. Il permet notamment d’inculquer un sens de l’ordre aux enfants, mais surtout il entraine leur volonté et leur capacité à inhiber leurs désirs pour rester ainsi positionnés.

Exercice 2 : se ranger en silence

Le second exercice est assez similaire, mais il se concentre sur un concept plus spécifique. Ici, l’ordre n’a pas d’importance, la seule chose qui compte c’est le silence, un silence absolu. [source 7]

Contrairement à de nombreuses activités en Montessori, cet exercice du silence se réalise en classe entière.

L’instituteur doit expliquer aux enfants rapidement l’objectif et devenir lui-même très silencieux. Il pourra ensuite faire remarquer aux enfants qui font du bruit la raison pour laquelle ils en font : parce qu’ils bougent, parce qu’ils respirent trop fort, etc.

Il a été remarqué par Montessori que cet exercice plaît beaucoup aux enfants qui apprécient ces moments de silence. Il est ensuite possible pour l’instituteur de faire remarquer aux enfants que grâce au silence, ils peuvent désormais entendre des bruits qu’ils n’entendent jamais en classe : le tic-tac d’une horloge, le bruit d’oiseaux qui chantent à l’extérieur du bâtiment, une goutte d’eau qui tombe d’une gouttière, etc.

Cet exercice permet lui aussi de travailler sur l’inhibition et la volonté, de plus il calme les enfants.

Quelles limites mettre à la liberté des enfants ?

Maintenant qu’ont été présentés deux des exercices qui travaillent sur la volonté et l’inhibition et préparent ainsi les enfants à être plus maitres d’eux-mêmes et ainsi plus disciplinés, il peut être pertinent de revenir sur les notions de discipline et de liberté pour bien comprendre comment fonctionnent les classes Montessori.

Ainsi, il est intéressant de se pencher sur les limites de la liberté des élèves, qui garantissent alors un cadre et une certaine discipline dans les classes.

Selon Maria Montessori :

« la liberté de l’enfant doit avoir comme limite l’intérêt collectif ». [source 8]

Doit donc être proscrit :

« tout ce qui peut nuire aux autres ou les offenser, tout ce qui a une signification d’impolitesse et d’acte sans dignité. » [source 9]

En partant de ces affirmations, il est intéressant d’observer que la liberté des enfants en Montessori est toute relative. Les enfants doivent bien entendu être respectueux des autres, mais ils doivent aussi toujours s’assurer que leurs actes sont dignes et ne sont pas impolis.

Il s’agit alors d’une manière de responsabiliser les enfants, ils sont libres mais on les encourage à être décents et à se comporter comme des personnes responsables. Cette limite de leur liberté par la responsabilisation est très positive puisqu’elle entraine aussi leur volonté.

Les enfants doivent se contraindre et ne pas toujours suivre leurs désirs immédiats, surtout lorsque ces derniers pourraient correspondre à des « actes sans dignité ».

Cette notion de discipline présente beaucoup d’intérêts puisqu’elle peut être reliée avec la question des troubles de l’attention et du comportement qui concernent de nombreux enfants en difficultés scolaires.

En effet, selon Montessori, le travail sur la volonté permet aux enfants de redevenir maître d’eux-mêmes et leur permet ainsi d’améliorer leur comportement.

De plus l’acquisition de cette auto-discipline est un travail très important dans les écoles Montessori et la volonté est probablement une des qualités qui définit le mieux les anciens élèves des écoles Montessori. Cela rend donc ce thème d’autant plus intéressant.

Pour des enfants en difficulté scolaire, la volonté peut être décisive dans leur réussite, il est donc important de comprendre les tenants et aboutissant afin de pouvoir proposer aux parents des moyens pour aider leurs enfants à entrainer leur volonté.

 

La vision de la discipline que propose Montessori, comme une voie plutôt que comme un fait, est très pertinente pour l’éducation. Cette vision est d’autant plus intéressante pour des enfants qui ont des difficultés scolaires ou des troubles du comportement, cela montre qu’il n’est pas trop tard pour être auto-discipliné et que leur problème n’est pas une fatalité.

Bien entendu, ce type de discipline n’est pas forcément évident à mettre en place, surtout à la maison. Mais de nombreux parents ont montré que c’était possible, alors libre à chacun d’essayer d’appliquer la vision de la discipline de Maria Montessori, cette pionnière de l’éducation positive.

Source 1 & 2 📚

Maria Montessori, « Pédagogie Scientifique Tome 1 : La découverte de l’enfant », Desclée de Brouwer, 2018, p. 58.

Source 3 📚

Maria Montessori, « Pédagogie Scientifique Tome 1 : La découverte de l’enfant », Desclée de Brouwer, 2018, p. 262.

Source 4 📚

Olivier Houdé, « L’inhibition au service de l’intelligence, penser contre soi-même », Presses Universitaires de France, 2020, 148p.

Source 5 📚

Olivier Houdé, vidéo : « Le cerveau apprend en inhibant : découvertes récentes », Université d’automne du SNUipp, 2009.

Source 6 📚

Maria Montessori, « Pédagogie Scientifique Tome 1 : La découverte de l’enfant », Desclée de Brouwer, 2018, p. 64.

Source 7 📚

Maria Montessori, « L’enfant », Desclée de Brouwer, 2018, chapitre « Le silence », p. 169-172.

Source 8 & 9 📚

Maria Montessori, « Pédagogie Scientifique Tome 1 : La découverte de l’enfant », Desclée de Brouwer, 2018, p. 59.

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